L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est une approche de la finance associant la rentabilité à des considérations d’ordre éthique. Apparu au 19ème siècle, ce concept s’appuie dans un premier temps sur un fondement religieux, puis sur un fondement plus large combinant au fur et à mesure des critères socio-économiques, politiques et citoyens. A ce jour, ce sont les problèmes environnementaux et climatiques qui en appellent à notre engagement responsable. Demain, sans aucun doute, d’autres facteurs influenceront l’ISR pour marquer une nouvelle étape de son évolution.
Les critères autres que financiers pris en compte dans les décisions d’investissement apparaissent pour la première fois aux États-Unis, au 19ème siècle, sous l’action de pacifistes américains, dénommés « Quakers ». Ces derniers refusent d’investir dans les deux marchés les plus rentables de l’époque : l’armement et le commerce d’esclaves. Le mouvement s’étend aux congrégations religieuses qui ne souhaitent pas investir dans des actions dites « du péché » (sin stocks), et qui excluent de leur politique d’investissement les entreprises actives dans l’alcool, le tabac, le jeu, l’armement et la pornographie. D’où le terme d’investissement éthique.Progressivement, ces champs d’exclusion s’élargissent à d’autres secteurs d’activité, à d’autres zones géographiques et à d’autres investisseurs en fonction des nouvelles revendications portées par des groupes de pression d’origines diverses : guerre du Vietnam et refus de financer l’industrie de l’armement ; régime de discrimination raciale en Afrique du Sud et boycott des investissements au nom de l’antiracisme ; ou encore, catastrophe nucléaire de Tchernobyl et lutte pour la protection de l’environnement.
Dans les années 1980, et à l'initiative de l’activiste américain Leon Sullivan, le concept entre dans une logique de boycott des entreprises en fonction de leurs activités. On s’intéresse davantage à la prise en compte de critères liés à leur mode de fonctionnement, à leurs engagements vis-à-vis de la société. Celles qui affichent une réelle responsabilité sociétale sont sélectionnées et retenues pour leurs investissements considérés comme socialement responsable. On parle dès lors d’Investissement Socialement Responsable ou ISR.
Le Rapport Brundtland (1987) et le Sommet de la Terre de Rio (1992), faisant référence au développement durable, ils contribuent à renforcer l’évolution du concept ISR. En outre, les déboires financiers de ces dernières années ne font que renforcer l’importance de la responsabilité des actes financiers dans l’inconscient collectif, et popularisent le concept d’ISR. Nous passons d’un instrument de rejet obéissant à une logique d’opposition à un moyen de tendre, positivement, vers un développement durable de la société.
Ainsi l’investissement éthique a fait place à l’investissement socialement responsable, qui lui-même fait place à l’investissement socialement responsable et durable (ISRD). L’ajout récent de ce dernier qualificatif traduit l’évolution de ses origines avec notamment de nouveaux termes comme « investissements solidaires », « fonds verts » ou encore « fonds thématiques ISR » qui accentuent la préoccupation du changement climatique et de la protection de l’environnement. Deux éléments qui influenceront encore largement l’ISR au cours des prochaines années.
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Corinne MolitorSpécialiste en finance sociale |

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