Le cours de l’or enregistre sa onzième année consécutive de hausse. Depuis 2000, sa valeur a ainsi été multipliée par six, faisant du métal jaune l’un des meilleurs investissements de la décennie en termes de performance, loin devant les placements traditionnels que sont les actions et les obligations. Pourquoi cette nouvelle fièvre de l’or ? Cette valeur refuge est-elle aussi sûre qu’on le dit ? Explications…
L’or n’a pas attendu la crise financière de 2008 ou celle des dettes souveraines pour initier son ascension. L’appréciation de sa valeur a en effet débuté à l’aube des années 2000, juste après l’éclatement de la bulle technologique et les attentats du 11 septembre. Deux événements ayant conduit la Réserve fédérale américaine (la FED) à mener une politique monétaire extrêmement accommodante, et particulièrement favorable au métal jaune. D’une part, parce que le faible niveau des taux d’intérêt réels permet de minimiser le coût d’opportunité lié à la détention d’or. D’autre part, parce que l’impression massive de dollars a déprécié le billet vert, monnaie de cotation de l’or. Ainsi, depuis fin 2001, la devise américaine a perdu un tiers de sa valeur face aux principales devises mondiales – ce qui relativise quelque peu la hausse de l’or.
Une hausse accélérée par la crise
Le mouvement haussier s’est ensuite précipité avec la crise financière de 2008, durant laquelle la FED a accentué sa politique monétaire plus qu’accommodante. Les taux extrêmement bas et le lancement de mesures non conventionnelles d’assouplissement monétaire ont, de facto, pesé sur le dollar. L’intégrité de la monnaie fiduciaire étant remise en question, de plus en plus de personnes ont appréhendé sa dévaluation. Ces inquiétudes ont dès lors justifié un repli sur des actifs tangibles tels que les métaux précieux.
Résultat : les particuliers, craignant que leur banque ne soit pas stable, ou que les gouvernements soient dans l’incapacité de rembourser leur dette, se sont massivement tournés vers l’or. Une « ruée » bien compréhensible dans le contexte actuel, compte tenu des niveaux dangereusement élevés de la dette publique dans la plupart des pays développés. Les banques centrales des pays émergents, quant à elles, devraient continuer à diversifier leurs réserves, qui sont pour l’instant principalement en dollars ; la partie investie en or est cependant marginale par rapport aux pays occidentaux. Après avoir doublé entre 1980 et 1999, la production du métal précieux est depuis en net déclin. Les nouvelles découvertes de gisement ne sont pas suffisantes pour maintenir le niveau des réserves mondiales, limitant ainsi toute expansion significative de l’offre au niveau global. Sans compter que les délais de mise en production d’une mine d’or atteignent parfois dix ans.
L’or, une valeur sûre ??
Contrairement à une action, qui représente un droit sur les bénéfices futurs d’une entreprise (cash-flows, dividendes…), l’or n’a pas de valeur intrinsèque. Il ne procure aucun revenu, ne présente qu’une utilité très limitée dans l’industrie et vaut uniquement ce qu’un investisseur, à un moment donné, est prêt à débourser pour l’acquérir. En ce sens, son prix relève davantage de la spéculation que de tout autre paramètre. Et pourtant, le métal jaune est perçu aujourd’hui par beaucoup comme une assurance contre la perte de pouvoir d’achat. Une assurance qui peut se révéler utile à l’heure de la « monétisation » de la dette publique.
Quoi qu’il en soit, dès lors qu’il repose sur de la pure spéculation, il faut garder à l’esprit que le cours de l’or peut s’avérer extrêmement volatil et sujet à des corrections aussi rapides que violentes…
Un niveau vraiment record ?
Bien que l'or ait atteint dernièrement un niveau record en termes nominaux, il reste en dessous de son plus haut de 1980 en termes réels (après ajustement par rapport à l'inflation). Ainsi, pour dépasser ce record vieux de plus de trente ans, il faudrait que le cours nominal par once atteigne aujourd'hui les 2 500 dollars.
Source : Gaëtan Warzee, CFA, Head of Portfolio Management at Banque de Luxembourg
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Fanny NosettiGestionnaire de portefeuilles |

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Fanny a dit...
Or physique +11% en 2011, minières aurifères -28% en moyenne. Or, en général, le cours des mines d’or suit et amplifie les mouvements de l’or physique. Mais voilà on a assisté à une dislocation du cours des sociétés extractrices. Bien sûr, il y a des explications à ce décrochage: le cours de l’or s’est emballé, il y a eu un questionnement quant à la pérennité de cette hausse (fallait-il réellement considérer ce prix pour valoriser les sociétés ?) ; les coûts de production ont augmenté suite à la hausse du prix de l’énergie (le prix moyen du pétrole en 2010 : 86$ / 2011 : 98$) et aux coûts salariaux (de nombreuses grèves ont éclaté durant l’été, bloquant certains sites de production) ; la hausse des dépenses d’investissement (il faut faire de nouvelles découvertes. Les investissements sont colossaux et les retours sur investissement incertains) ; les ETF censés répliquer l’évolution du cours de l’or se sont multipliés et ont connu un énorme succès au détriment des actions. Mais est-ce que cela suffit pour expliquer un tel écart de performance… proche de 40% sur un an ?13 janvier 2012 - 03:22 PM