Le plus gros pollueur du monde est aussi le numéro un mondial des énergies vertes. Les entreprises chinoises sont parmi les leaders sur les marchés du photovoltaïque, de l'éolien ou de la voiture électrique. Le « green business » est devenu une priorité du gouvernement chinois.
C’est l’une des plus importantes batailles commerciales de ces dernières années. Elle oppose la Chine et les Etats-Unis et porte sur la fabrication de panneaux solaires. Washington accuse Pékin de subventionner outrageusement ce secteur et donc de fausser les règles de la concurrence. Quinze fabricants chinois sont dans le collimateur et menacés de taxes supplémentaires à leur entrée sur le marché américain. De quoi inquiéter une industrie qui s’est beaucoup développée ces dernières années. Après avoir dépassé les Etats-Unis dans l’éolien, la Chine est en effet devenue « l’usine solaire » du monde. Plus de 70% des cellules photovoltaïques sont « made-in-China » et cette part de marché ne cesse de croître.
Huit des douze plus gros fabricants mondiaux de cellules photovoltaïques, comme Suntech Power, JA Solar ou Yingli Green Energy, sont en effet originaires de Chine ou de Taiwan. A lui seul, Suntech, le numéro un chinois, détient 12% du marché mondial. « La réussite de l'industrie photovoltaïque chinoise aux Etats-Unis repose sur les avantages qu'elle a acquis grâce à l'innovation technologique et à son économie d'échelle », a déclaré dans un communiqué au nom des sociétés chinoises, Wang Guiqing, vice-président de la Chambre de commerce chinoise pour l'importation et l'exportation de machines et de produits électroniques. Cette justification diplomatique au leadership chinois cache en fait une véritable stratégie de domination dans ce secteur. Une stratégie dessinée au plus haut niveau de l’Etat. Pékin entend bien décrocher la plus grosse part de ce gâteau vert estimé à plus de 150 milliards d’euros par le Fonds des Nations unies pour l’environnement.
Une voiture hybride sur deux sera vendue en Chine
« On voit bien que la Chine met en avant lors de tous les sommets internationaux de lutte contre le changement climatique, sa volonté de réduire ses émissions carbone. On nous annonce une croissance fulgurante des énergies vertes. Des énergies produites en grande majorité par des entreprises chinoises, qui font ainsi de leur propre pays une vitrine formidable pour leur technologie », explique l’analyste Ren Li, spécialiste des énergies renouvelables en Asie de l’est. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, la Chine va installer dans les 10 prochaines années des capacités de production d’énergie solaire et éolienne équivalentes à 180 réacteurs nucléaires. Toujours selon l’AIE, une voiture hybride sur deux sera vendue en Chine. Et tout cela sans que le pays ne s’engage à Copenhague, Cancun ou au Cap.
« La Chine est en train de gagner la course aux énergies vertes, explique Ang Li, représentante de l’ONG Greenpeace à Pékin. On voit que depuis 2006, il y a une volonté politique très forte de développer les énergies renouvelables en Chine ». Aujourd’hui, la Chine investit deux fois plus que les Etats-Unis dans les énergies vertes. Mais il ne s’agit pas d’une croisade contre le réchauffement climatique. Elle reste en effet le plus gros émetteur de CO2 dans le monde. Son objectif est plutôt de diversifier ses approvisionnements, limiter sa dépendance au pétrole et parvenir à une certaine indépendance énergétique. Lorsque la Chine annonce avoir baissé de 10% ses émissions en 2010, ce sont 10% de pétrole importés en moins.
Le pays, quoi qu’il en soit, n’a guère le choix car il connaît une véritable boulimie d’énergie. Selon les estimations de l’AIE, il consommera trois fois plus d’énergie d’ici 2035. Soit l’équivalent de 18 fois la consommation française ! A ce rythme, la Chine sera dans 20 ans à peine le plus gros importateur de pétrole au monde. Avec les risques que cela supposent : volatilité des prix, baisse des réserves, dépendance à l’égard du Moyen-Orient…
Croissance du marché intérieur
En misant sans compter sur les énergies vertes, Pékin entend donc faire d’une pierre deux coups : limiter sa dépendance aux énergies fossiles et exporter ses technologies. Mais cette offensive chinoise n’est pas sans risque. Depuis 2009, les investissements dans les énergies renouvelables ont ainsi baissé de 40% aux Etats-Unis et en Europe. Alors que la France achetait 80% de ses panneaux solaires en Chine, la fin des subventions a sonné le glas des exportations. Aux Etats-Unis, les accusations de dumping risquent également de porter un coup sévère aux entreprises chinoises qui doivent donc de plus en plus se recentrer sur leur marché intérieur. Pour soutenir son industrie, Pékin a par exemple mis en place des garanties d’Etat aux prix d'acquisition pour les équipements électriques fonctionnant au solaire. Le pays, qui jusqu’alors exportait 95 % de sa production à l'étranger, est ainsi en train de devenir un important consommateur de sa propre énergie solaire. Le marché du photovoltaïque domestique double chaque année et on estime qu’une maison sur dix est déjà pourvue de chauffe-eau solaire. L’éolien a également le vent en poupe avec la construction d’une gigantesque ferme de turbines dans le désert du Ningxia. Des installations subventionnées là encore par l’Etat et le gouvernement local.
La course au « green business » ne devrait donc pas s’arrêter avec la crise. Bien au contraire. D’ici 2020, la Chine s'est déjà fixée comme nouvel objectif de produire 15% de son énergie via des ressources renouvelables.
Sources : Sébastien Le Belzic à Pékin
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Investir dans la thématique des nouvelles énergies n’a pas été aisé ces dernières années. D’une part, les marchés boursiers ont subi une volatilité très importante, et dans un tel contexte, les valeurs énergétiques dans leur ensemble - qui ce soit les valeurs liées aux énergies fossiles, les minières ou les énergies vertes - ont souffert car très impactées par le ralentissement de la croissance économique. Mais au-delà d’un contexte peu porteur, le secteur a été totalement chamboulé : la crise a fait revenir les Etats européens sur leurs bonnes intentions. Les aides publiques mises en place pour promouvoir le développement de ces énergies vertes ont été revues à la baisse. Outre Rhin, des discussions animées ont été menées, beaucoup estimant qu’il était temps de raboter les mécanismes qui avaient permis à l’Allemagne de devenir, malgré sa latitude et son climat défavorable, le premier marché mondial du solaire. Berlin a ainsi réduit ses subventions. Le gouvernement du nouveau premier ministre espagnol Mariano Rajoy, quant à lui, a pris il y a peu une décision drastique, en supprimant toutes les subventions aux nouveaux projets éoliens, solaires ou encore d’énergies produites à partir de déchets.
Les "nouvelles énergies" : un secteur d'investissement intéressant à surveiller
Autre difficulté, un changement de leadership brutal. L’industrie solaire allemande, après des années de domination souffre de la féroce concurrence des spécialistes chinois comme Yingli ou Suntech et de la chute rapide des prix qui en résulte sur le marché mondial. Les marges sont serrées et la génération de profits cahoteuse. Les sanctions sont immédiates. Solar Millenium, un industriel allemand de l’énergie solaire thermique est en dépôt de bilan depuis le mois de décembre. L’entreprise danoise Vestas, l’un des plus grands fabricants d’éoliennes au monde, est confrontée à la concurrence croissante d’acteurs chinois comme Sinovel ou Goldwind. Et si les acteurs chinois ont accès aux marchés occidentaux, la Chine reste largement fermée à la concurrence étrangère. Le cours de bourse de Vestas a chuté de 90% depuis son plus haut en 2008. C’est la dynamique positive des créations d’emplois qui s’enraye. En Espagne, en 2008 déjà, des mesures dans le secteur solaire avaient conduit à des dizaines de milliers de suppressions d’emplois. Et Vestas prévoit de réduire de 10% ses effectifs en 2012.
En tant qu’investisseur, malgré la dynamique positive liée à cette thématique, il n’est pas facile de se positionner. Les conséquences des bouleversements en cours sont encore difficiles à cerner. Mais malgré les perturbations actuelles, le secteur reste à surveiller. Le prix du pétrole est installé à des niveaux élevés, les pays ont toujours pour objectif de diversifier leurs approvisionnements énergétiques et de réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Quant aux problématiques d’émissions de carbone, de pollutions au sens large, les enjeux restent intacts.
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Fanny NosettiGestionnaire de portefeuilles |

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